Sigmund Freud parmi les débuts du processus d’énamoration

En attendant de voir si le jeune homme avec lequel s’initie une histoire d’amour où devraient s’organiser peu à peu une obédience, un discours et un univers, n’aura été qu’un substitut, nous constatons, à travers ce que Sigmund Freud nous en dit, que la jeune fille a été troublée de façon maximale alors que le processus en cours n’en était qu’à des débuts à peine mis en forme :
« C’est au cours de la soirée dont elle se souvint en premier lieu que son sentiment atteignit un point culminant, mais ils ne s’étaient pas expliqués encore. » (Idem, pages 1005-1006)

Il y a donc une sorte de porte-à-faux :  de l’encore inexplicable se trouve mis en balance. Mais il paraît que cela aurait pu ne pas être très grave…
« Ce jour-là elle s’était laissée convaincre par les siens et par son père lui-même de quitter la chambre du malade pour se rendre à cette réunion où elle pouvait s’attendre à le rencontrer. » (Idem, page 1006)

Qu’elle puisse rencontrer celui-là ou un autre n’était a priori qu’une affaire sans importance, mais il se produisit quelque chose qui, la mettant en retard, put faire croire à un changement d’obédience dont personne n’aurait été prévenu à l’intérieur de sa famille :
« Elle voulait se dépêcher de rentrer mais on l’obligea à rester et elle céda quand il lui promit de la raccompagner. » (Idem, page 1006)

Nous le comprenons aussitôt : les mots ne pouvaient que manquer à la jeune fille qui se voyait tout à coup basculer, à ses propres yeux, dans le monde intermédiaire de la faute :
« […] mais quand, en ravissement, elle rentra tard à la maison, elle trouva que l’état de son père s’était aggravé et se fit les plus amers reproches d’avoir consacré tant de temps à ses propres plaisirs. » (Idem, page 1006)

Il semble tout d’abord que Freud se range sur le seul plan de l’émotion et de l’image :
« C’est du contraste entre l’ivresse joyeuse alors ressentie et la misérable condition où se trouvait son père quand elle rentra à la maison, que naquit un conflit, un cas d’incompatibilité. » (Idem, page 1006)

Sous cet angle, l’immédiateté paraît déterminante, comme s’il s’agissait simplement d’une action réflexe :
« En conséquence, la représentation érotique fut rejetée hors de l’association et l’affect qui s’y trouvait lié servit à augmenter ou à ranimer une douleur physique présente à ce moment-là (ou peu auparavant). » (Idem, page 1006)

Cependant, Freud ne se laisse pas emporter par la pente, qui se présente ici, de l’immédiateté, ou encore de la coïncidence temporelle…
« Il faut souligner que je ne réussis pas à prouver, à l’aide de ses souvenirs, que la conversion s’était bien effectuée au moment de son retour à la maison. » (Idem, page 1006)

Dans le langage que j’utilise depuis quelques paragraphes, il ne sera sans doute pas inutile de dire qu’à cette occasion, Sigmund Freud s’empresse de regarder de plus près le premier système d’obédience, celui qui vient d’être bousculé par l’événement de la sortie hasardée d’Élisabeth :
« C’est pourquoi je recherchai si d’autres incidents analogues ne s’étaient pas produits au cours de cette maladie du père et je fis resurgir toute une série de scènes ; elle se rappelait, par exemple, avoir dû souvent sauter pieds nus hors du lit, sur un appel de son père. » (Idem, pages 1006-1007)

Un discours… un univers… une obédience, qui exigent de la promptitude, une capacité de dépassement de soi, etc. Mais tout cela ne permettait pas de cerner le point d’ancrage de la conversion en un système déterminé de douleurs… Peut-être cela ne concernait-il tout d’abord qu’un mal physique non aperçu et sans signification psychique précise… sur lequel seraient venus ensuite se greffer de véritables symptômes…

Or, sans que nous sachions vraiment comment il en est arrivé là, Sigmund Freud nous annonce tout à coup une bonne nouvelle :
« Une période fructueuse de traitement débuta après la découverte du motif de la première conversion. » (Idem, page 1008)

Eh bien, nous y voici ! De quoi s’agit-il donc ?
« La malade commença par me surprendre en m’annonçant qu’elle savait maintenant pour quelle raison les douleurs partaient toujours d’un point déterminé de la cuisse droite et y étaient toujours les plus violentes. C’était justement l’endroit où, chaque matin, son père posait sa jambe très enflée, lorsqu’elle en changeait les bandages. » (Idem, page 1008)

Se peut-il que nous ayons à retenir notre souffle ?… Ne connaissons-nous pas déjà une petite affaire qui nous a permis de voir surgir ce que j’ai appelé : le Dieu de colère ? En tout cas, Freud ne doute pas une seconde de l’importance du moment, pour cette jeune fille, et pour lui-même :
« […] elle me livrait ainsi l’explication de la formation d’une zone hystérogène atypique. » (Idem, page 1008)

Hystérogène… Apte à développer un phénomène hystérique… c’est-à-dire une conversion… mais une conversion « hystérique » qui ne respecte donc pas le schéma corporel… Ou encore : qui fait des miracles… Ou encore : qui cause, qui cause, qui cause… Mais puisqu’on vous le dit !…
« En outre, les jambes douloureuses commencèrent elles aussi à « parler » pendant nos séances d’analyse. » (Idem, page 1008)

Michel J. Cuny

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Sigmund Freud et les éléments de preuve inscrits dans les corps…

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