Sigmund Freud contre Pierre Janet ?

Dans « Le feu sous la cendre – Enquête sur les silences obtenus par l’enseignement et la psychiatrie » (Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, Editions Cuny-Petitdemange, 1986), la première occurrence du nom de Sigmund Freud intervient à la page 430, dans une rubrique intitulée : « Du traitement des symptômes à la science de l’oubli », dont nous donnons ici la fin…

« Tandis que, à ce même moment, grâce à une clientèle qui lui vient de la grande bourgeoisie viennoise, Sigmund Freud s’essaie à mettre en oeuvre une semblable méthode [hypnose et suggestion], Pierre Janet, qui, lui, exerce auprès des couches les plus modestes de la population, développe une conception des troubles névrotiques qui va dans le sens d’une mainmise du thérapeute sur l’inconscient du patient. L’exemple présenté plus haut montre jusqu’où Janet ose pousser le trucage du passé de Marie. En 1923 encore, il citera Taine qui avait affirmé : « C’est une grande science pour les peuples et pour les individus que de savoir oublier. » À quoi il ajoutera ce commentaire personnel : « C’est une science que les névropathes ne possèdent guère ou du moins qu’ils ne savent pas appliquer à propos et ce serait une découverte précieuse pour la psychiatrie que celle qui nous permettrait de créer l’oubli à volonté. »
En attendant cette heureuse époque, Janet peut souligner les mérites de ses prédécesseurs comme ceci : « Ce qui est curieux, ce qui constitue la découverte essentielle faite par les magnétiseurs et les hypnotiseurs c’est que nous pouvons d’une manière artificielle, grâce à certains procédés qui reproduisent la fatigue et l’émotion amener expérimentalement cette dépression momentanée et l’utiliser pour faire naître les impulsions que nous désirons. L’idée que nous faisons pénétrer dans l’esprit au moment favorable, quand la puissance de réflexion est épuisée, devient l’objet d’un assentiment immédiat et se transforme en impulsion. C’est cette provocation expérimentale de l’impulsion qui est l’objet essentiel de toutes les études des hypnotiseurs. »

L’« heureuse époque » est enfin arrivée… Ainsi… à quoi bon Freud et Lacan, n’est-ce pas ?…

Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange

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Freud et Lacan… À quoi bon ?